Crise sanitaire : réécrivons la déclaration de politique communale pour impulser un nouvel élan !

Intervention lors du débat des chefs de groupes sur la crise sanitaire- Conseil communal du 25.05.2020

Je suis particulièrement heureux de retrouver le Conseil communal après 2 mois d’interruption. Certes, c’est un conseil communal particulier, à la fois virtuel et présentiel. Mais petit à petit, la démocratie locale reprend ses droits et c’est important que le Conseil communal reprenne son rôle.

 Souvenons-nous du fameux dernier Conseil du 12 mars qui avait été fort perturbé, d’abord par le discours d’Emmanuel Macron à 20h puis par les décisions du Conseil National de Sécurité prises tard dans la soirée. Nous apprenions alors la fermeture de tous les cafés et restaurants. Nous nous nous étions quittés sur cette incertitude de ce que serait le jour d’après.

Ce que cette crise nous rappelle, c’est bien l’imprévisibilité de notre monde : malgré tous nos efforts pour programmer, prévoir, anticiper, nous restons régulièrement tributaires d’événements surprenants qui nous forcent à revoir notre logiciel. Quelque part, c’est précieux. Comme le disait Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise ». Il parlait de la Construction européenne mais sa citation s’applique bien à la crise sanitaire que nous vivons.

D’ici quelques semaines, sans doute quelques mois, cette épreuve sera (je l’espère) derrière nous. Que restera-t-il de cette crise ? Va-t-elle amener un changement de logiciel ou tout va-t-on reprendre « business as usual » dès que ce sera possible ?

Difficile de répondre à cette question. Mais au niveau de la Ville de Liège, un constat s’impose : nous n’avons plus de Déclaration de Politique communale (DPC). La pandémie de COVID-19 est passée par là et fait que cette Déclaration de Politique communale est désormais caduque, inappropriée pour répondre aux exigences que nous imposent la crise sanitaire et les crises économiques et sociales qui vont s’ensuivre. Vu la situation inédite que nous connaissons, cet accord de majorité conclu en des temps plus sereins n’est plus que quantité négligeable. Face à la récession qui s’annonce, entre 7,5 et 11% de notre PIB suivant les prévisionnistes, il nous faut la réécrire.

Il fait consensus dans la communauté des économistes que la reprise économique ne se fera pas en V. Il faudra sans doute attendre plusieurs exercices budgétaires pour rétablir les recettes de la Ville de Liège à leur niveau d’avant-crise (je pense notamment aux additionnels aux impôts mais pas seulement), alors même que notre commune connaît déjà un problème de recettes, comme Madame l’échevine des Finances l’a exposé de façon transparente en Commission la semaine dernière.

La Ville a été en première ligne lors de cette crise sanitaire. On a vu toute l’importance des pouvoirs locaux, ce qui n’est pas pour me déplaire, municipaliste de cœur que je suis. Les différents échevins et le Bourgmestre l’ont montré dans leurs exposés tout à l’heure : la Ville de Liège était en première ligne dans cette crise.

La semaine dernière, le journal LE SOIR avait publié un édito très juste, intitulé « Il faudra se souvenir de l’engagement des communes ». Edito qui rappelle le rôle de première ligne des communes, par exemple dans la fourniture des masques pour permettre au Conseil national de sécurité de tenir ses promesses. : une protection au moins pour chaque Belge. Son rôle a été et est évidemment plus large, le Collège l’a démontré.

En parallèle à cette action d’urgence, on entend et lit partout les mots redéploiement, plan de relance, plan de sauvetage ou encore mesures de soutien. Les dépenses seront donc sous forte pression pour financer le redémarrage économique mais aussi pour faire jouer les stabilisateurs automatiques amortissant la crise sociale (je pense notamment au rôle du CPAS au niveau local). Ensuite, viendra la dernière des crises, celle des finances publiques. Une crise que nous connaissons déjà à Liège, avec le problème structurel des cotisations de responsabilisation pour les pensions. Cette crise des Finances publiques va nettement s’aggraver. Je rappelle quand même qu’il n’y avait qu’un petit paragraphe sur les Finances Publiques en toute fin de DPC, je l’avais déjà évoqué lors des débats l’année passée.

L’édito du Soir concluait « De tout cela, il faudra aussi se souvenir au moment de tirer les leçons de la crise. Le monde d’après devra aussi être celui de villes et communes mieux financées, (…). Au vue de la situation budgétaire des autres niveaux de pouvoir, rien n’est moins sûr mais, qui sait !

Ces crises économique, sociale, des finances publiques, tout ceci doit finir de nous convaincre que les impératifs politiques engendrés par la pandémie supplantent largement les priorités identifiées dans les accords de majorité, qu’importe le niveau de pouvoir d’ailleurs. Certes, les premiers recouperont en partie les seconds mais l’honnêteté nous commande de dire à nos concitoyens que nous allons réécrire, dès que possible, notre plan d’actions pour les années à venir. Il faut rebattre les cartes, créer un nouvel élan, avec les partenaires sociaux, la société civile et tous les acteurs de terrain. Sans oublier de s’adresser aux autres niveaux de pouvoir (La Région, le fédéral, la FWB) vu les recoupements entre enjeux et compétences.

Remettre l’ouvrage sur le métier ne nécessite évidemment pas d’aller au-delà d’une réécriture de la Déclaration de politique communale. On ne change pas de capitaine, d’équipage ou d’embarcation en pleine tempête. Par contre, ils ont besoin d’un nouveau cap et d’une nouvelle feuille de route que le conseiller communal que je suis, pourra soutenir si l’un et l’autre points sont en phase avec les défis immédiats à relever : la sécurité sanitaire, le soutien à la Culture (je poserai d’ailleurs une question d’actu sur le sujet tout à l’heure), le redémarrage de l’économie avec le soutien à l’HoReCa évidemment (Pensons à l’action #Assiettevide et au commerce liégeois en général) et l’aide à ceux qui sont les plus durement touchés par la crise. Le dossier mobilité est un autre défi à court terme : rééquilibrer l’espace public en faveur des modes actifs (piétons, vélos) doit être une priorité, avec des résultats rapides et concrets. La supracommunalité est un autre enjeu où il faut avancer. Liège Métropole qui a montré toute sa pertinence pendant cette crise, avec des communes voisines touchées par les mêmes réalités. Ces priorités de court et moyen termes devront être doublées d’une vision de plus long terme qui consiste à approfondir la transition écologique et numérique de notre Ville.

François Pottié, conseiller communal de la Ville de Liège

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