Un budget 2020 dans la continuité …

Intervention au conseil communal du 17 décembre 2019 – Débats budgétaires : Budget 2020 de la Ville de Liège

Monsieur le Bourgmestre, Madame l’Echevine des Finances,

Délai trop restreint pour analyser le budget

Tout d’abord, je regrette vivement du délai imparti imposé aux conseillers communaux : 10 petits jours pour analyser ce budget 2020. Le budget de la Ville de Liège, c’est presque 600 millions d’euros et 450 pages. Evidemment, cela fait le jeu de la majorité d’avoir une opposition dans l’incapacité d’aller fouiner dans les détails de ce budget. Mais il y a quand même une question fondamentale de démocratie : c’est le contrôle effectif du collège par le conseil communal. Ce contrôle effectif réel, il devient difficile et c’est regrettable.

Analyse du Budget : la cuisine de la Violette a-t-elle changé ?

Alors que le menu de la majorité (la Déclaration de politique communale de février 2019 et le plan de Ville Liège 2025 de septembre 2019) nous donnait, sur certains aspects, l’eau à la bouche, malgré l’absence de prix à coté de chaque plat (l’alignement de promesses non financées).

Alors que l’entrée servie en mars était tout à fait passable (le Cahier de Modifications Budgétaires de mars 2019) compte tenu de votre arrivée toute récente dans les cuisines de la Violette.

Vous nous servez aujourd’hui le plat consistant, c’est-à-dire le Budget. En attendant le dessert, une solution pour les pensions, j’imagine…

Le plat consistant (le Budget), c’est le moment de vérité. Et l’attente était grande. Vous la critique gastronomique Defraigne qui, pendant toutes ces années d’opposition, aviez analysé chaque ingrédient (chaque ligne du budget) des plats mijotés par M. Firket, votre prédécesseur. En 2018 encore, tel M. Duchemin dans « L’aile ou la cuisse », vous critiquiez les ingrédients : une dette qui explose, la rage taxatoire, l’absence de solutions au problème des pensions, le fond FOURMI qui fond… Votre palais fin pouvait également identifier les ingrédients manquants : le sport, le dossier prostitution, etc.

Depuis l’opposition, vous appeliez également au changement, à une remise à plat des cuisines et des ingrédients utilisés. Vous nous promettiez de ne plus utiliser les casseroles sales et la vaisselle écornée, de ne plus mijoter le même plat, servi depuis tant d’années par le chef Firket. On s’était (presque) mis à rêver d’un gastronomique à la Violette. Ou du moins d’une bonne adresse de brasserie.

Depuis 2018, vous avez repris les cuisines du chef Firket. Hélas, sans parvenir à relancer celle-ci. A l’arrivée, c’est une certaine déception : beaucoup de copier-coller, beaucoup de statut quo. Vous donnez l’impression d’avoir piqué les recettes de Michel Firket. Les impulsions annoncées dans les documents (DCP, Projet Liège 2025) ne s’y retrouvent qu’à faibles doses.

  • Absence d’un Budget base zéro : une occasion manquée !

A chaque budget de la précédente législature, vous réclamiez un « zéro base budgeting ». Je vous cite : « nous ne cesserons de répéter qu’il est nécessaire pour la Ville de s’atteler à un zéro base budgéting pour rendre plus claire la situation et aplanir les dépenses. ».

Un Budget base zéro, c’est une technique budgétaire : on repart d’une feuille blanche et toutes les dépenses doivent être justifiées, il faut démontrer la nécessité de celles-ci. C’est l’inverse d’un budget copier-coller où on reconduit le budget précédent avec des aménagements à la marge.

Pas de Budget base zéro pour 2020. Vous avez laissé les cuisines telles quelles : aucune évaluation et justification de chaque ustensile, de chaque ingrédient mais aussi de la façon de cuisiner. Et c’est bien dommage.

Et justement, certains ingrédients présents dans votre plat questionnent :

  • Un budget trop salé !

Le plat file toujours autant le mal de ventre aux Liégeois. Le mois dernier, nous avions discuté de certains ingrédients : les Taxes et Redevances. Le Liégeois, qu’il soit commerçant, indépendant, les familles, les acteurs économiques, est toujours autant taxés.

La remise à plat des règlements Taxes et redevances n’a été que partielle et la fiscalité est toujours aussi élevée.

  • L’endettement

Alors à votre décharge, vous héritez d’une situation pré-existante : l’enseigne la violette est lourdement endettée.

La dette reste à un niveau très élevée : toutes données confondues. C’est effrayant ! Les dépenses de dette sont à 40 millions d’euros contre 31,6 millions d’euros dans les comptes 2018. La Ville reporte sur les générations futures.

  • Quelle gestion de la dette ? Quelle stratégie pour la maitriser ? Quelle perspective ? On ne sait pas….

Le FOND FOURMI, qui avait été réalimenté lors du CMB 2019, redevient un fond « cigale ». L’expression est la vôtre M. l’échevine quand vous commentiez le budget 2016. Il est réduit à peau de chagrin…

  • Pensions

Autre ingrédient qui donne mal au ventre, la problématique des pensions. C’est l’épée de Damoclès sur la tête de la Ville. Une fois encore, le Collège reporte toute réflexion quant à une solution structurelle en matière de cotisations de responsabilisation pension (CRP) à l’année prochaine.

En attendant, la Ville s’est déjà endettée de 166 millions d’euros suite aux emprunts CRP accordés par la Région wallonne et, si rien ne change, cet endettement s’élèvera à 321,8 millions en 2024. Les annuités de remboursement, quant à elles, s’élèvent déjà à 8,1 millions d’euros et atteindront, toujours si rien ne change, 19,7 millions d’euros en 2024. Cela reporte la charge sur les générations futures.

Une solution tangible doit être mis sur la table afin de garantir le paiement des pensions des agents communaux sans accabler les finances communales via les emprunts.

  • Les arnaques – Budget participatif

Votre budget participatif, c’est un peu comme la truffe noire : il y a les variétés de truffes gastronomiques (comme la truffe du Périgord) et la truffe de Chine. Et parfois, la truffe de Chine, qui n’a pas de qualité gustative et odorante particulière, est vendue comme de la truffe noire du Périgord, en y ajoutant un peu de parfum synthétique. Evidemment, ce tour de passe-passe ne trompe pas les connaisseurs.

Le budget participatif présenté aujourd’hui, c’est de la truffe chinoise. La dénomination « budget participatif » est impropre, c’est du recyclage de vieilles initiatives (le parc de Palmolive). Cette technique avait d’ailleurs déjà été utilisée lors de l’opération « Réinventons Liège » qui, sous couvert de participation citoyenne, reprenait des vieilles idées de la majorité. A l’époque, c’était vous Madame l’échevine qui dénonciez, en d’autres termes, la truffe chinoise.

Je me permets de rappeler ce qu’est-ce qu’un budget participatif ? Le budget participatif digne de ce nom est un processus participatif à lui tout seul. A Gand, il se déroule en plusieurs phases : 1. définition des règles du jeu (qui peut participer ? Comment ?), 2. Collecte des idées de projets par quartier, 3. L’analyse technique par l’administration pour vérifier la faisabilité, la légalité et le chiffrage, 4. Vote des projets par quartier et enfin 5. La mise en œuvre des projets par quartier (rédaction du cahier des charges, travaux, etc.). Telle est la procédure d’un vrai budget participatif.

DéFI proposera à la rentrée 2020 une proposition de Code de la Participation citoyenne qui comprendra notamment une définition des Budgets participatifs.

  • Oubli de certains ingrédients – dossiers prioritaires

Certains ingrédients pourtant essentiels sont tout simplement oubliés : comme le Tourisme, qui semble le grand perdant de cet exercice budgétaire. Le commerce n’est pas davantage gâté : hormis le financement des nouvelles places « shop and drive », peu de nouvelles mesures pour aider le commerce liégeois pourtant en crise. 18 % de cellules commerciales vides au centre-ville ! Aucune mesure ou action pour aider nos commerçants liégeois à faire face à l’e-commerce. S’il y a bien un phénomène qui est en train de bouleverser le commerce traditionnel aujourd’hui, c’est le commerce en ligne. Il faut aider nos commerçants à survivre à cette évolution majeure.

La prostitution est un autre des sujets oubliés de ce début de législature. Pendant des années, la Ville s’est reposée sur le projet d’Eros Center de Seraing. Celui-ci étant aujourd’hui abandonné, aucune initiative de la Ville n’est prévue dans le budget 2020. La gestion de ce problème est pourtant essentielle, dans une grande ville comme Liège : le sort des prostitués bien sur et la gestion des délits inhérents à ce phénomène.

  • Quelques épices vertes

Il y a tout de même certains ingrédients intéressants : ce sont les épices vertes, qui sont un réel plaisir pour les papilles gustatives :

  • Les investissements dans le vélo (2 millions 600 euros) : des investissements dans les parkings à vélo sécurisés, dans des box vélos supplémentaires, dans l’augmentation du programme vélo cité, dans les vélos et trottinettes pour le personnel communal ainsi que dans le corridor vélo rive Gauche.
  • Les investissements dans les espaces verts : c’était l’une des priorités des participants à l’opération Liège 2025. La rénovation des cheminements piétons du Jardin Botanique et le Parc Palmolive sont une bonne chose.
  • L’extension du système « Shop and drive » (100 000 euros) : qui prévoit de doubler le nombre de places équipées par ce système est une très bonne nouvelle pour les commerçants.

Conclusion

Madame l’échevine, quand vous étiez dans l’opposition, vous aviez comparé les finances de la Ville de Liège au Titanic. A l’analyse du Budget 2020, si le chef d’orchestre a changé, M. Firket ayant tiré sa révérence, l’orchestre se met toujours à jouer la même partition.

A l’exception peut-être du dossier des pensions. Votre mérite, c’est d’avoir joué dès le début de la législature la transparence et le langage de vérité sur ce dossier au combien sensible. C’est à votre crédit. Une solution tarde cependant à venir.

Pour le reste, ce Budget est dans la continuité des budgets des années précédentes : pas de remise à plat via le Budget base zéro, dette qui augmente, rage taxatoire sur les habitants et commerçants, pseudo-budget participatifs, oublis de dossiers importants.

A votre décharge, le contexte budgétaire de la Ville de Liège est difficile, l’héritage du passé est parfois bien encombrant…

François Pottié, conseiller communal de la Ville de Liège

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